Cèpe de Pin (Boletus pinophilus) dans une forêt de pins et résineux © @aleksey_loginov (CC BY 4.0), iNaturalist
Excellent comestible

Cèpe de Pin

Boletus pinophilus

Boletus, du grec βωλίτης (bōlítēs), « motte de terre » · pinophilus, du latin pinus « pin » + grec φίλος (philos) « ami » : l''ami des pins

Le cèpe de pin est le cèpe des forêts de résineux, reconnaissable à son chapeau brun-vineux plus sombre et mat que celui du cèpe de Bordeaux, et à son pied massif marqué d'un réseau blanc net. C'est un champignon ectomycorhizien obligatoire : sans son arbre partenaire, il ne pousse tout simplement pas, et comme ses cousins il n'a jamais pu être cultivé. On le trouve dans les massifs de moyenne et haute montagne, particulièrement abondant dans les Vosges, les Alpes, les Pyrénées et les grandes pinèdes des Landes. Il fait partie des quatre cèpes dits « royaux », le seul des quatre à afficher une préférence aussi marquée pour les conifères.

Observations du cèpe de Pin en France

Afin de vous donner les informations les plus précises possible, une grande partie d'entre elles viennent des observations déclarées du champignon en France. En effet, certaines personnes partagent des photos de leurs trouvailles sur les sites GBIF et iNaturalist. À noter qu'on ne peut se baser publiquement que sur les observations sous licence CC0 ou CC BY, de grade « Research », pour des raisons de droit d'auteur et de qualité de données.

Chaque observation est enrichie avec des données environnementales : pH, texture et type de sol (Source : SoilGrids ISRIC 5–15 cm), altitude, pente et exposition (Source : RGE ALTI IGN, MNT 5 m), Sylvo-Écorégion (Source : IGN), ainsi que température moyenne et cumul de pluie sur les 14 jours précédant l'observation (Source : NASA POWER).

Carte par Sylvo-Écorégion (SER) 112 obs.

Découpage IGN — Sylvo-Écorégions (SER)

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Quand pousse le cèpe de pin ?

Le cèpe de pin pousse de juillet à novembre, avec un pic entre août et octobre. C'est le plus frileux des quatre grands cèpes, il apprécie les températures fraîches des zones montagnardes bien plus que la chaleur. Le gel met fin à sa saison sans détour. Comme pour tous les champignons, certaines années sont généreuses en montagne, d'autres beaucoup plus avares.

GBIF, iNaturalist, concours Mapignon — observations raréfiées (1 obs./cellule ~5 km²)

87 obs. Pic de pousse Pousse possible Absent

Où trouver le cèpe de pin ?

Le cèpe de pin est le cèpe des forêts de résineux par excellence : pessières, pinèdes, sapinières et landes à bruyères. Comme pour tout champignon ectomycorhizien, il pousse rarement au pied même de l'arbre, mais plutôt en périphérie, là où les radicelles fines qui nourrissent le mycélium sont les plus accessibles.

Forêt de conifères Forêt mixte Pinèdes et pessières Landes à bruyères

Les arbres compagnons du cèpe de pin

Pas d'arbre, pas de cèpe de pin. Le champignon enveloppe les radicelles fines de l'arbre, puis échange eau et minéraux contre les sucres que l'arbre produit par photosynthèse, une association qui porte un nom savant : l'ectomycorhize. Contrairement au cèpe de Bordeaux, il affiche une préférence marquée pour les résineux, son nom le dit explicitement (*pinophilus*, l'ami des pins) : pin sylvestre, pin maritime, pin noir, pin laricio, pin cembro et pin à crochets sont ses partenaires les plus fidèles, et il forme aussi des mycorhizes avec l'épicéa et le sapin pectiné en altitude. Il reste possible, mais bien plus rare, de le trouver sous des feuillus.

Sapin pectiné, partenaire du cèpe des pins en altitude (var. fuscoruber) © Jens-Christian Svenning (CC BY), iNaturalist
Sapin pectiné 25% des obs.
Abies alba
Épicéa commun, associé au cèpe des pins (var. fuscoruber) CC0, iNaturalist
Épicéa commun 21% des obs.
Picea abies
Pin sylvestre, hôte principal du cèpe des pins © Patrick Hacker (CC BY), iNaturalist
Pin sylvestre 9% des obs.
Pinus sylvestris
Pin à crochets, hôte du cèpe des pins en montagne
Pin à crochets 5% des obs.
Pinus uncinata
Pin maritime, hôte du cèpe des pins dans les Landes et le Sud-Ouest
Pin maritime 2% des obs.
Pinus pinaster
Pin noir d'Autriche, partenaire mycorhizien du cèpe des pins
Pin noir d'Autriche 2% des obs.
Pinus nigra
Pin laricio, hôte du cèpe des pins en Corse et reboisements
Pin laricio de Corse 1% des obs.
Pinus laricio
Pin cembro, associé au cèpe des pins en altitude alpine
Pin cembro 0% des obs.
Pinus cembra

Sol et terrain idéal pour le cèpe de pin

Le cèpe de pin est décrit par la littérature scientifique comme un champignon de sols acides, secs et sableux, typiques des pinèdes claires et des landes à lichens, souvent sur des sols podzolisés pauvres. Nos données d'observations de terrain dessinent un profil légèrement différent, avec des textures nettement plus limoneuses que sableuses. Deux biais l'expliquent : les observations reflètent surtout les habitudes géographiques des cueilleurs, mais aussi la facilité d'accès des zones, pas la réalité complète de la distribution de l'espèce, et les données de pH et de texture, satellitaires, utilisées pour enrichir les observations mesurent une couche de sol plus profonde (5-15 cm) que celle étudiée sur le terrain par les chercheurs (0-5 cm). On est bien obligé d'assumer ce compromis, il reste indispensable pour garder des données stables à l'échelle de la France entière, les données satellitaires de surface (0-5 cm) étant trop instables.

Texture du sol (USDA) 106 obs.*

SoilGrids (ISRIC), argile + sable, horizon minéral 5–15 cm

Argile (%) Sable (%) Limon (%) Argile Argile limoneuse 1% Argile sableuse Limon argileux 10% Limon argileux fin 18% Limon argilo-sableux 4% Limon 53% Limon fin 10% Limon sableux 4% Limon très fin Sable limoneux Sable

Acidité du sol (pH) 106 obs.*

SoilGrids (ISRIC), pH H₂O × 10, horizon minéral 5–15 cm

8% 42% 40% 8% 4% 5–5.55.5–66–6.56.5–77–7.5

Altitude 106 obs.*

RGE ALTI IGN, MNT 5 m, calcul Sobel

29% 25% 20% 17% 8% 1% 0–400400–800800–12001200–16001600–20002000–2400

Type de sol (WRB) 106 obs.*

SoilGrids (ISRIC), classification WRB 2.0, raster probabiliste

  • Cambisols 91%
  • Podzols 8%
  • Luvisols 2%

Exposition 106 obs.*

RGE ALTI IGN, aspect dérivé du MNT (Sobel), 8 classes cardinales

Pente (°) 106 obs.*

RGE ALTI IGN, pente dérivée du MNT (Sobel), classes FAO

23% 11% 19% 12% 14% 10% 5% 4% 1% 1% 0–5°5–10°10–15°15–20°20–25°25–30°30–35°35–40°40–45°45–50°

Critères de présence retenus 106 obs. retenues*

Enveloppe BIOCLIM sur observations raréfiées (1 obs./cellule ~5 km²), SoilGrids 5–15 cm pour pH et texture, RGE ALTI IGN pour altitude, ISRIC WRB pour le type de sol

Large (Q5) Strict (Q25)
Texture
Limon53%Limon argileux fin18%Limon fin10%Limon argileux10%
pH
5.55 – 6.5
Altitude
0 – 1548 m
WRB
Cambisols91%
Exposition
SE19%O14%NO13%E12%SO12%NE11%S10%
Pente
0° – 30°

* 1 observation conservée par cellule de 5 × 5 km, raréfaction spatiale (spThin)

Météo idéale pour la pousse du cèpe de pin

Le cèpe de pin réagit au même choc thermo-hydrique que ses cousins. Des pluies progressives et généreuses valent toujours mieux qu'un orage bref et violent, qui ruisselle plus qu'il n'imbibe. Une fois la pluie passée, laissez passer quelques jours, et si l'air reste frais sans tomber dans le gel, filez en forêt sans traîner. Seule vraie menace : un été trop chaud et sec, qui peut retarder ou réduire fortement la pousse en montagne comme en plaine. Les repères chiffrés sont juste ci-dessous.

Écart interquartile (Q25–Q75) sur les observations enrichies — NASA POWER, 14 jours glissants avant l'observation

Moyenne des températures sur 14 jours

11.6 – 15.4°C

Pluie sur 14 jours

5 – 26.3 mm

Confusions dangereuses avec le cèpe de pin

Le cèpe de pin se reconnaît bien une fois qu'on a mémorisé ses critères, mais ça ne dispense jamais de vérifier. Sa confusion la plus fréquente est le bolet amer (Tylopilus felleus), qui n'est pas toxique mais dont l'amertume intense et persistante rend le plat immangeable, même après cuisson : il pousse lui aussi sous les conifères et lui ressemble beaucoup, mais son réseau de pied est plus sombre et ses pores rosissent avec l'âge. Le bolet de Satan, lui, ne pousse pas sous les résineux, ce qui limite fortement le risque de confusion, mais reste franchement dangereux en cas de doute mal levé : intoxication gastro-intestinale sévère, avec vomissements, diarrhées et déshydratation intense. Aucune confusion n'est à prendre à la légère : chaque cèpe ramassé mérite un examen complet du chapeau, des pores, du pied et de sa réaction à la coupe. Quand il y a un doute, il n'y a pas de doute, on ne ramasse pas et on demande l'avis d'un pharmacien ou d'une association mycologique.

Bolet de Satan (Rubroboletus satanas), ne pousse pas sous les conifères© Алена Ручка (CC BY), iNaturalist
ToxiqueBolet de SatanRubroboletus satanas

Chapeau blanchâtre à grisâtre, pores rouges vifs, base du pied rouge intense, bleuissement fort à la coupe. Absent sous les conifères, strictement lié aux feuillus et aux sols calcaires.

En cas de doute, on ne ramasse pas. Avant de partir en forêt, lisez nos consignes de prévention et de sécurité, qui détaillent les espèces mortelles, la conduite à tenir en cas d'intoxication et le cadre légal de la cueillette en France. Aucune fiche ne remplace l'avis d'un pharmacien ou d'un mycologue pour l'identification de votre récolte.

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