© @enspring (CC0 1.0), iNaturalist Craterellus tubaeformis
Craterellus, du latin crater, « bol, coupe », diminutif · tubaeformis, du latin tuba « trompette » + forma « forme » : en forme de trompette
La chanterelle en tube est la championne des fins de saison, petite, jaune-brun, avec un chapeau perforé et un pied creux qui la distinguent au premier coup d'œil. C'est un champignon ectomycorhizien : il ne pousse qu'en symbiose avec un arbre partenaire, jamais seul, jamais cultivé. On la trouve dans une bonne partie de la France. Elle appartient au même genre que la trompette de la mort et que la girolle.
Afin de vous donner les informations les plus précises possible, une grande partie d'entre elles viennent des observations déclarées du champignon en France. En effet, certaines personnes partagent des photos de leurs trouvailles sur les sites GBIF et iNaturalist. À noter qu'on ne peut se baser publiquement que sur les observations sous licence CC0 ou CC BY, de grade « Research », pour des raisons de droit d'auteur et de qualité de données.
Chaque observation est enrichie avec des données environnementales : pH, texture et type de sol (Source : SoilGrids ISRIC 5–15 cm), altitude, pente et exposition (Source : RGE ALTI IGN, MNT 5 m), Sylvo-Écorégion (Source : IGN), ainsi que température moyenne et cumul de pluie sur les 14 jours précédant l'observation (Source : NASA POWER).
Découpage IGN — Sylvo-Écorégions (SER)
La chanterelle en tube commence parfois à pousser dès août dans les années humides, mais sa vraie saison s'étend d'octobre à décembre, parfois jusqu'en janvier lors des hivers doux. Elle prolonge la saison mycologique bien après la fin des cèpes et de la girolle, profitant d'une concurrence beaucoup plus faible en fin d'automne. Le gel la ralentit à peine : elle continue de fructifier même sous des gelées légères. Comme pour tous les champignons, certaines années sont généreuses, d'autres beaucoup plus discrètes.
GBIF, iNaturalist, concours Mapignon — observations raréfiées (1 obs./cellule ~5 km²)
La chanterelle en tube affectionne les litières épaisses et les tapis de mousses des forêts de conifères et des forêts mixtes. Comme pour tout champignon ectomycorhizien, elle pousse rarement au pied même de l'arbre, mais plutôt en périphérie, là où les radicelles fines qui nourrissent le mycélium sont les plus accessibles. Les versants frais et ombragés, souvent exposés au nord, où la mousse et le bois mort retiennent bien l'humidité, sont ses meilleurs spots. Elle pousse volontiers en colonies denses, parfois sur plusieurs mètres carrés d'un coup, un bon indice pour repérer une station généreuse d'une année sur l'autre.
Pas d'arbre, pas de chanterelle en tube. Le champignon enveloppe les radicelles fines de l'arbre, puis échange eau et minéraux contre les sucres que l'arbre produit par photosynthèse, une association qui porte un nom savant : l'ectomycorhize. Ses partenaires son épicéa commun les pins (sylvestre, maritime, noir, à crochets) et le sapin pectiné. Elle reste avant tout une espèce de résineux, contrairement à la girolle qui affiche un spectre d'hôtes beaucoup plus large.
© Jens-Christian Svenning (CC BY), iNaturalist
CC0, iNaturalist
© Patrick Hacker (CC BY), iNaturalist
La chanterelle en tube est décrite par la littérature scientifique comme un champignon de sols acides, humides, riches en matière organique, à texture plutôt légère et humifère, typiques des tapis de mousse en sous-bois de résineux. Nos données d'observations de terrain dessinent un profil légèrement différent, avec des textures plus limoneuses que purement légères. Deux biais l'expliquent : les observations reflètent surtout les habitudes géographiques des cueilleurs, mais aussi la facilité d'accès des zones, pas la réalité complète de la distribution de l'espèce, et les données de pH et de texture, satellitaires, utilisées pour enrichir les observations mesurent une couche de sol plus profonde (5-15 cm) que celle étudiée sur le terrain par les chercheurs (0-5 cm). On est bien obligé d'assumer ce compromis, il reste indispensable pour garder des données stables à l'échelle de la France entière, les données satellitaires de surface (0-5 cm) étant trop instables.
Texture du sol (USDA) 305 obs.*
SoilGrids (ISRIC), argile + sable, horizon minéral 5–15 cm
Acidité du sol (pH) 305 obs.*
SoilGrids (ISRIC), pH H₂O × 10, horizon minéral 5–15 cm
Altitude 305 obs.*
RGE ALTI IGN, MNT 5 m, calcul Sobel
Type de sol (WRB) 305 obs.*
SoilGrids (ISRIC), classification WRB 2.0, raster probabiliste
Exposition 305 obs.*
RGE ALTI IGN, aspect dérivé du MNT (Sobel), 8 classes cardinales
Pente (°) 305 obs.*
RGE ALTI IGN, pente dérivée du MNT (Sobel), classes FAO
Critères de présence retenus 305 obs. retenues*
Enveloppe BIOCLIM sur observations raréfiées (1 obs./cellule ~5 km²), SoilGrids 5–15 cm pour pH et texture, RGE ALTI IGN pour altitude, ISRIC WRB pour le type de sol
* 1 observation conservée par cellule de 5 × 5 km, raréfaction spatiale (spThin)
La chanterelle réagit à une humidité soutenue et durable, installée sur plusieurs jours plutôt qu'à une pluie ponctuelle. Des pluies régulières d'automne, réparties sur la durée, valent bien mieux qu'un seul gros orage isolé. Une fois le sol bien humidifié et l'air refroidi, direction les tapis de mousse sans traîner, elle met plus de temps à sortir que les cèpes mais tient beaucoup plus longtemps une fois lancée. Seule vraie menace : un automne trop sec, qui peut retarder fortement sa sortie malgré sa résistance au froid. Les repères chiffrés sont juste ci-dessous.
Écart interquartile (Q25–Q75) sur les observations enrichies — NASA POWER, 14 jours glissants avant l'observation
Moyenne des températures sur 14 jours
8.7 – 14.1°C
Pluie sur 14 jours
6 – 29.4 mm
La chanterelle en tube se reconnaît bien une fois qu'on a mémorisé ses critères, mais ça ne dispense jamais de vérifier. Sa confusion la plus documentée est la léotie lubrique (Leotia lubrica), toxique qui partage exactement le même biotope. Aucune confusion n'est à prendre à la légère : chaque récolte mérite un examen complet du pied, des plis et de la texture du chapeau. Dans le doute, il vaut mieux ne pas ramasser et demander l'avis d'un pharmacien ou d'une association mycologique.
© Kryštof Boura (CC BY), iNaturalistChapeau gélatineux, visqueux et lobé, sans le moindre pli ni nervure en dessous (contre des plis décurrents nets chez la chanterelle en tube), pied non creux. Pousse mélangée aux chanterelles en tube dans la mousse des sous-bois humides — des cas de récolte accidentelle en sortie mycologique sont documentés.
En cas de doute, on ne ramasse pas. Avant de partir en forêt, lisez nos consignes de prévention et de sécurité, qui détaillent les espèces mortelles, la conduite à tenir en cas d'intoxication et le cadre légal de la cueillette en France. Aucune fiche ne remplace l'avis d'un pharmacien ou d'un mycologue pour l'identification de votre récolte.